Vieillir avec le VIH au Sénégal, perspectives anthropologiques pour une politique de santé publique Growing old with HIV in Senegal: an anthropological perspective for a public health policy
Résumé
Growing old with HIV in Senegal: an anthropological perspective for a public health policy
Introduction. Thanks to the effectiveness of antiretroviral treatment (ART), more and more people in Africa are aging with HIV. In Senegal, 34% of people living with HIV (PLHIV) who received ART were 50 years of age or older in 2022. As people age, their medical, psychological, and social needs gradually change and increase. This article presents the results of an anthropological study that aimed to describe and analyze the living conditions and care of PLHIV aged 70 and over in urban areas, in relation to the health and social context.
Materials and methods. The ethnographic study was conducted from 2022 to 2023 in the Dakar metropolitan area. The study focused on 31 older people living with HIV (OPLHIV), including 14 women, with an average age of 72 (maximum age 90). The median duration of ART was 16 years (maximum: 22 years). Six family caregivers, four community mediators, one nurse, and five doctors (including a geriatrician) were also interviewed, as well as the main national officials responsible for the fight against AIDS.
Results. The OPLHIV who were interviewed reported habituation to HIV and demonstrated excellent adherence to ART. However, persistent social stigma surrounding HIV continues to affect their daily lives, leading to various forms of self-exclusion and strategies to keep their illness secret. Medically, they are all in virological remission; however, they face multiple comorbidities and functional disabilities that lead to increased healthcare costs. Economic insecurity and inadequate social protection systems lead to increased dependence on loved ones. Families are the main providers of care. However, the attention given to the elderly depends on the nature and quality of the relationships they have built throughout their lives.
Conclusion. This research contributes to anthropology's analysis of healthcare systems and their capacity to care for specific populations. From a public health perspective, the findings of this analysis call for health facilities, community stakeholders, and health authorities to consider the unique health and social needs of OPLHIV to enable them to age with dignity.
Vieillir avec le VIH au Sénégal, perspectives anthropologiques pour une politique de santé publique
Introduction. En Afrique, grâce à l’efficacité des antirétroviraux (ARV), de plus en plus de personnes vieillissent avec le VIH. Au Sénégal, en 2022, 34 % des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) et recevant des traitements ARV étaient âgées de 50 ans ou plus. Le vieillissement s’accompagne d’une évolution progressive des besoins médicaux, psychologiques et sociaux des PVVIH, qui s’accentuent avec l’âge. Cet article présente les résultats d’une étude anthropologique visant à décrire et analyser les conditions de vie et de prise en charge des PVVIH âgées de 70 ans et plus, en lien avec le contexte sanitaire et social en milieu urbain.
Matériel et méthode. L’étude ethnographique a été menée entre 2022 et 2023 dans la région métropolitaine de Dakar. Les entretiens et observations ont porté sur 31 personnes âgées vivant avec le VIH (PAVVIH), dont 14 femmes, âgées en moyenne de 72 ans (au plus 90 ans). La durée médiane du traitement ARV était de 16 ans (durée maximale : 22 ans). Ont également été interrogés six aidants familiaux, quatre médiateurs associatifs, une infirmière, cinq médecins dont un gériatre, ainsi que les principaux responsables nationaux de la lutte contre le sida.
Résultats. Les PAVVIH rencontrées témoignent d’une forme d’habituation face au VIH, et font preuve d’une très bonne adhésion au traitement ARV. Cependant, leur quotidien demeure marqué par la stigmatisation sociale persistante du VIH qui conduit à diverses formes d’auto-exclusion sociale et de stratégies de maintien du secret autour de leur maladie. Sur le plan médical, toutes sont en suppression virologique, mais elles sont confrontées à de multiples comorbidités et incapacités fonctionnelles qui induisent des dépenses de santé croissantes. La précarité économique et l’insuffisance des dispositifs de protection sociale entraînent une dépendance accrue à l’égard de leurs proches. Les familles sont les principales pourvoyeuses des soins. L’attention portée aux aînés est cependant déterminée par la nature et la qualité des liens tissés tout au long de la vie, dans une forme d’héritage des relations familiales.
Conclusion. Cette recherche s’inscrit dans l’apport de l’anthropologie à l’analyse et la compréhension des systèmes de soins et de leur capacité à prendre en charge des populations spécifiques. Dans une perspective de santé publique, cette analyse plaide pour une prise en compte des spécificités des besoins sanitaires et sociaux des PAVVIH par les structures sanitaires, les acteurs communautaires et les autorités de santé afin de permettre un vieillissement digne des PAVVIH.
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